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Un peu de légèreté…

Lors des années passées à l’université, je n’ai cessé de rencontrer des demoiselles indignées envers l’une des dernières injustices que le féminisme triomphant n’a su encore éradiquer. Aussi, afin de répondre à leur préoccupation, j’ai décidé de consacrer le sujet de cet article à cette question capitale qui brûle encore les lèvres de chaque étudiant et de chaque étudiante : pourquoi la femme qui couche le premier soir est-elle vue comme une salope et pourquoi l’homme, en pareille circonstance, est-il perçu comme un tombeur ?

Le but de cet article n’est certainement pas de remettre en question ce constat, qui en ma qualité de mâle me paraît tout à fait sensé, mais bien de tenter d’en expliquer les raisons. Nous ne sommes peut-être pas en présence d’un axiome non démontrable.

Pour répondre à cette question, il nous faut nous pencher sur l’inconscient collectif qui détermine les normes sociales en matière de séduction dans notre société. La thèse de cet article est que celui-ci est largement influencé, grâce à l’intermédiaire de Walt Disney et autres contes pour enfants, par le mythe de l’Amour Courtois (je renvoie ici les curieux à la lecture de Chrétien de Troyes ou à la consultation d’un Lagarde et Michard sur la littérature du Moyen-Âge avant la poursuite de cet article). Que nous dit ce mythe ?

Illustration par Milan Milanov

Illustration par Milan Milanov

Le chevalier, pour pouvoir prétendre au cœur de sa bien-aimée, partira au loin à la recherche de quelques quêtes extraordinaires ou de faits d’armes glorieux – à savoir la recherche du Saint Graal ou aller bouter les Sarrasins hors de Terre Sainte par exemple. Après suffisamment de succès et de gloire, notre chevalier reviendra alors en héros et pourra prétendre à l’amour de sa promise car il en sera maintenant digne.

Les rôles sociaux institués découlant de cet archétype sont par conséquent ceux du guerrier, du conquérant qui doit faire ses preuves pour l’homme ; et pour la femme ceux de la princesse qui évalue son prétendant, qui se laisse désirer et dont la chasteté est la première vertu. Observons maintenant les réflexes qu’impliquent ces rôles chez des jeunes gens des deux sexes, dans les soirées étudiantes par exemple.

La jeune fille a pour premier réflexe, lorsqu’elle se fait approcher par un pimpant prétendant, de dire « non ». Ce qui est tout à fait normal aux yeux de tous puisqu’elle doit montrer à ce jeune impétueux qu’elle ne s’offre pas au premier chevalier venu et que s’il nourrit l’ambition de la culbuter, il faudra d’abord passer par quelques faits d’armes gratifiants. En revanche, un jeune étudiant, dès le premier échange de regards, est préparé à dire « oui ». Nous expliquons cela aisément : flatté dans son orgueil et dans son ego généralement surdimensionné, il se voit comme un guerrier tellement performant et prestigieux qu’il est capable de tomber une princesse rien qu’en sirotant sa cervoise à la taverne.

Par conséquent, une jeune fille qui cède le premier soir et s’offre à son chevalier plus ou moins servant perd son statut de princesse pour celui de « fille de joie » (communément appelée « salope » dans le Français d’aujourd’hui). Alors que le chevalier qui parvient à conclure en des temps record, est considéré comme un guerrier légendaire, un « tombeur » en d’autres termes. Les hommes savent respecter la puissance du chevalier, alors que les hordes de princesses crachent leur venin sur celle qui ne fait désormais plus partie des leurs.

Mais rassurez-vous mesdemoiselles, tout ceci tend à se nuancer. En effet, depuis l’émancipation de la femme, mai 68 et sa révolution sexuelle, et toutes ces luttes féministes, les rôles ont tendance à se confondre, parfois même à s’inverser. « Les bonnes manières ont pris comme un coup de vieux, les demoiselles d’aujourd’hui ne font plus de révérence qu’à cul nu dans l’attente de quelque hommage postérieur », comme le disait Pierre Desproges. Mais que voulez-vous, les mentalités ne changent pas aussi vite que la réalité, et en dépit du fait que certaines d’entre vous travaillent très dur pour banaliser les relations sexuelles après un quart d’heure de conversation, vous resterez, sans doute encore pour quelque temps, nos « Princesses » et nos « Filles de Joie ».

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