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Monseigneur Léonard à l’ULB pour discuter du blasphème avec Guy Haarscher, l’affiche était pour le moins inattendue et alléchante. Pourtant ce que les médias retiendront de cette soirée, moins contradictoire que prévu d’ailleurs, c’est l’assaut de quelques « FEMEN » – seins nus en guise de dazibao – sur l’un des intervenants en début de soirée.

Je ne me fatiguerai pas à décrire l’agression, celle-ci est déjà abondement diffusée sur les réseaux sociaux. Elle sera commentée, encensée, critiquée, nuancée… Bref, les quatre jeunes filles responsables auront réussi leur coup de publicité.

Ce qui est à signaler en revanche, c’est l’attitude indigne des représentants de la presse. Visiblement avertis de ce qui allait se passer, ils étaient là en masse. Avec caméras et appareils photo pour ne pas en perdre une miette… Ces « professionnels de l’information », dont la mission est d’informer et d’instruire, sont tous sortis après l’agression, en même temps que les quatre excitées aux seins nus. Pas l’un d’entre eux n’est resté pour écouter ce qui n’avait pas pu commencer.

Une presse qui calque sa ligne éditoriale sur celle des journaux à scandale ne s’intéresse pas à la confrontation d’un philosophe laïc et d’un archevêque sur un sujet aussi sensible que le blasphème. Une telle presse se fiche complètement de rapporter que Monseigneur Léonard s’oppose à la répression du blasphème, tant par voie légale que par voie de fait. Le fait que deux hommes éminents d’horizons et d’opinions différents puissent tomber d’accord sur l’un des enjeux cruciaux du vivre ensemble n’a aucune importance : elle a déjà son sujet. Un sujet dénudé en plus !

Illustration par Milan Milanov

Illustration par Milan Milanov

Malgré elle, l’ULB est une fois encore le théâtre de l’un de ces épisodes burlesques qui tendent à transformer le débat public, non en arène de gladiateurs comme on le regrette souvent, mais en chapiteau de cirque. Pourtant, contrairement à la conférence de février 2012 sur l’extrême droite, la soirée ne fut pas complètement gâchée. Le débat a bien eu lieu. Je dirais même qu’il était agréable d’assister à un échange courtois et constructif, loin de l’ambiance des rings de boxe ou des tatamis.

Mais ce genre de discussions, les FEMEN n’en veulent pas. Les FEMEN n’ont pas d’adversaires, elles ont des ennemis. Et on ne traite pas avec l’ennemi ! On le combat. Alors, on hurle, on se fout à poil, on agresse… bref on joue un jeu où les règles n’existent pas. Tout est permis, puisqu’on est dans le bon camp. Si ces jeunes femmes étaient restées dans la salle après leur « action », elles auraient peut-être observé qu’il n’est pas impossible de tomber d’accord avec quelqu’un avec qui on ne partage rien. Ce fut mon cas. Je ne suis pas chrétien, ni même croyant, je suis en désaccord avec nombre des prises de positions de Monseigneur Léonard, cela ne m’a pas empêché de tomber d’accord avec lui sur la question du blasphème. Comme le soulignait une dame lors de la séance de questions-réponses, la liberté d’expression est un droit auquel est assorti le devoir d’accepter d’être choqué par les opinions des autres.

Pour terminer, je voudrais remercier Monsieur Haarscher et Monseigneur Léonard d’avoir maintenu le débat malgré ce triste épisode, d’avoir refusé de plonger là où ces activistes veulent tirer le débat public, dans le caniveau.

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